Famille Martin

 

TÉMOINS DE L’AMOUR CONJUGAL

… brillez comme les astres dans l’univers,
en tenant fermement la parole de vie

Ph 2,15d-16a

Chers Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,
Éminentes Autorités,
Chers Pèlerins, frères et sœurs, en Christ.

Dignes du Ciel

Thérèse écrivait dans l’Histoire d’une âme : Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant te dire mes désirs, mes espérances qui touchent à l’infini, pardonne-moi et guéris mon âme en lui donnant ce qu’elle espère !… (Ms B 2v°). Jésus a toujours exaucé les désirs de Thérèse. Il s’est même montré généreux dès avant sa naissance puisque, comme elle l’écrivait à l’abbé Bellière – que beaucoup connaissent désormais par cœur - : le bon Dieu m’a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre (Lt 261).

Je viens de terminer le Rite de Béatification par lequel le Saint Père a inscrit les deux Epoux conjointement dans le Livre des Bienheureux. C’est une grande première que cette Béatification de Louis Martin et Zélie Guérin, que Thérèse définissait comme parents sans égaux, dignes du Ciel, terre sainte, comme toute imprégnée d’un parfum virginal (Cf. Ms A).

Mon cœur rend grâce à Dieu pour ce témoignage exemplaire d’amour conjugal, susceptible de stimuler les foyers chrétiens dans la pratique intégrale des vertus chrétiennes comme il a stimulé le désir de sainteté chez Thérèse.

Pendant que je lisais la Lettre Apostolique du Saint Père, je pensais à mon père et à ma mère et je voudrais, en ce moment, que vous aussi pensiez à votre père et à votre mère et qu’ensemble nous remercions Dieu de nous avoir créés et fait chrétiens à travers l’amour conjugal de nos parents. Recevoir la vie est une chose merveilleuse mais, pour nous, il est plus admirable encore que nos parents nous aient amenés à l’Église qui seule est capable de faire des chrétiens. Personne ne peut se faire chrétien soi-même.

Enfants de la terre de Normandie, un don pour tous

Parmi les vocations auxquelles les hommes sont appelés par la Providence, le mariage est l’une des plus nobles et des plus élevées. Louis et Zélie ont compris qu’ils pouvaient se sanctifier non pas malgré le mariage mais à travers, dans et par le mariage, et que leurs épousailles devaient être considérées comme le point de départ d’une montée à deux. Aujourd’hui, l’Église n’admire pas seulement la sainteté de ces fils de la terre de Normandie, un don pour tous, mais elle se mire dans ce couple de Bienheureux qui contribue à rendre la robe de mariée de l’Eglise, plus belle et splendide. Elle n’admire pas seulement la sainteté de leur vie, elle reconnaît dans ce couple la sainteté éminence de l’institution de l’amour conjugal, telle que l’a conçue le Créateur Lui-même.

L’amour conjugal de Louis et Zélie est un pur reflet de l’amour du Christ pour son Eglise ; il est aussi un pur reflet de l’amour dont l’Eglise aime son Epoux : le Christ. Le Père nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous Son regard, dans l’amour (Ep 1,4).

“Il sont devenus lumière du monde”

Louis et Zélie ont témoigné de la radicalité de l’engagement évangélique de la vocation au mariage jusqu’à l’héroïsme. Ils n’ont pas craint de se faire violence à eux-mêmes pour ravir le Royaume des cieux et ainsi ils sont devenus la lumière du monde que l’Eglise aujourd’hui met sur le lampadaire afin qu’ils brillent pour tous ceux qui sont dans la maison (Eglise). Ils brillent devant les hommes afin que ceux-ci voient leur bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux. Leur exemple de vie chrétienne est telle une ville située sur une montagne qui ne peut être cachée (cf. Mt 5,13-16).

“Maître donne-nous ton avis”

Quel est le secret de la réussite de leur vie chrétienne ? On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Dieu réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6,8). Louis et Zélie ont marché humblement avec Dieu à la recherche de l’avis du Seigneur. Maître donne-nous ton avis. Ils cherchaient l’avis du Seigneur. Ils étaient assoiffés de l’avis du Seigneur. Ils aimaient l’avis du Seigneur. Ils se sont conformés à l’avis du Seigneur sans récriminer. Pour être sûrs de marcher dans le véritable avis du Seigneur, ils se sont tournés vers l’Église, experte en humanité, mettant tous les aspects de leur vie en harmonie avec les enseignements de l’Église.

“Dieu, premier servi”

Pour les époux Martin, ce qui est à César et ce qui est à Dieu était très clair. Messire Dieu, premier servi, disait Jeanne d’Arc. Les Martin en ont fait la devise de leur foyer : chez eux Dieu avait toujours la première place dans leur vie. Madame Martin disait souvent : Dieu est le Maître. Il fait ce qu’Il veut. Monsieur Martin lui faisait écho en reprenant : Dieu, premier servi. Lorsque l’épreuve atteignit leur foyer, leur réaction spontanée fut toujours l’acceptation de cette volonté divine. Ils ont servi Dieu dans le pauvre, non par simple élan de générosité, ni par justice sociale, mais simplement parce que le pauvre est Jésus. Servir le pauvre, c’est servir Jésus, c’est rendre à Dieu ce qui est à Dieu : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,34-40).

Le Ciel n’est pas vide, le “Ciel est peuplé d’âmes”

Dans quelques instants nous proclamerons notre Profession de Foi que Louis et Zélie ont répétée tant de fois à la messe et qu’ils ont enseignée à leurs enfants. Après avoir confessé la sainte Église catholique, le Symbole des Apôtres ajoute la Communion des saints.

Je croyais, disait Thérèse, je sentais qu’il y a un ciel et que ce Ciel est peuplé d’âmes qui me chérissent, qui me regardent comme leur enfant… (Ms B). Dans ce Ciel peuplé d’âmes, nous pouvons compter désormais les Bienheureux Louis et Zélie, que pour la première fois, nous invoquons publiquement : Louis et Zélie priez Dieu pour nous. Je vous en prie chérissez-nous, regardez nous comme vos enfants, chérissez l’Eglise entière, chérissez surtout nos foyers et leurs enfants.

  • Louis et Zélie sont un don pour les époux de tous âges par l’estime, le respect et l’harmonie avec lesquels ils se sont aimés pendant 19 ans. Zélie écrivait à Louis : Je ne puis pas vivre sans toi, mon cher Louis. Il lui répondait : Je suis ton mari et ami qui t’aime pour la vie. Ils ont vécu les promesses du mariage ; la fidélité de l’engagement, l’indissolubilité du lien, la fécondité de l’amour, dans le bonheur comme dans les épreuves, dans la santé comme dans la maladie.
  • Louis et Zélie sont un don pour les parents. Ministres de l’amour et de la vie, ils ont engendré de nombreux enfants pour le Seigneur. Parmi ces enfants, nous admirons particulièrement Thérèse, chef d’œuvre de la grâce de Dieu mais aussi chef d’œuvre de leur amour envers la vie et les enfants.
  • Louis et Zélie sont un don pour tous ceux qui ont perdu un conjoint. Le veuvage est toujours une condition difficile à accepter. Louis a vécu la perte de sa femme avec foi et générosité, préférant, à ses attraits personnels, le bien de ses enfants.
  • Louis et Zélie sont un don pour ceux qui affrontent la maladie et la mort. Zélie est morte d’un cancer, Louis a terminé son existence, éprouvé par une artériosclérose cérébrale. Dans notre monde qui cherche à occulter la mort, ils nous enseignent à la regarder en face, en s’abandonnant à Dieu.

Modèle exemplaire de foyer missionnaire

Enfin je rends grâce à Dieu, en cette 82e Journée Mondiale des Missions, car Louis et Zélie sont un modèle exemplaire de foyer missionnaire. Voilà la raison pour laquelle le Saint Père a voulu que la béatification se réalise en cette journée si chère à l’Eglise Universelle, comme pour unir les maîtres Louis et Zélie à la disciple Thérèse, leur fille, devenue Patronne des Missions et Docteur de l’Église.

Les témoignages des enfants Martin au sujet de l’esprit missionnaire qui régnait dans leur foyer sont unanimes et frappants : Mes parents s’intéressaient beaucoup au salut des âmes… Mais l’œuvre d’apostolat la plus connue chez nous était la Propagation de la Foi pour laquelle, chaque année, nos parents faisaient une très belle offrande. C’est encore ce zèle des âmes qui leur faisait tant désirer avoir un fils missionnaire et des filles religieuses.

Tout récemment, le Cardinal Dias, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples (Propagande Fide) écrivait : Pour un disciple du Christ, annoncer l’Évangile n’est pas une option mais un commandement du Seigneur… Un chrétien doit se considérer en mission (…) pour répandre l’Évangile dans chaque cœur, dans chaque maison, dans chaque culture (Conférence de Lambeth, 23 juillet 2008).

Puissent, mes frères, vos familles, vos paroisses, vos communautés religieuses, de Normandie, de France… et du monde entier, être aussi des foyers saints et missionnaire, comme l’a été le foyer des Bienheureux époux Louis et Zélie Martin. Amen

 ———————————————————————————————————————

Homélie de Monseigneur LAGOUTTE

 

Vous vous demandez peut-être pourquoi on a choisi cet évangile pour la messe de Louis et de Zélie MARTIN. C’est une belle page qu’on connaît bien. Mais elle est surprenante, on peut la lire comme ça en disant : ben c’est une noce, quand je regarde aujourd’hui ceux qui préparent les noces, le soin qu’ils apportent à la fête, au choix des vins et tout ça… On s’arrange aujourd’hui pour qu’on ne manque pas de vin, on penserait que ce serait raté, si on n’avait pas fait les bons choix. Et dans cette scène, il y a tout une catéchèse, tout un enseignement. Tout d’abord, la mère de Jésus est là. Première présence, qu’est-ce que ça veut dire. Jésus est là, et avec ses disciples. Pourquoi, est-ce qu’Il connaissait les mariés. Et puis, la noce est formidable, mais on manque de vin. Qu’est-ce que c’est que ces gens là qui ne savent pas préparer la fête des noces. Qu’est-ce qu’ils sont. Et, on voit le rôle de Marie. Marie tire la manche de Jésus, pour lui dire : ben y a un problème. Jésus lui dit : écoute, occupe-toi de tes affaires. Et Marie dit aux serviteurs : faites tout ce qu’il vous dira. Et qu’est-ce qui se passe ? Il y a là six cuves qui contiennent chacune cent litres. Cent litres, vous avez entendu ! Et Jésus va changer en vin six cent litres d’eau ! Et pas du pique-rate, mais du bon vin. On va le porter au chef de table, qui le goutte, qui fait : d’où ça sort ? C’est mieux que le bordeaux, que le saint Emilion, ou n’importe quel autre vin, c’est de l’excellent vin, six cent litres ! Il y a un excès quand même là dedans, et ça en ajoute après, il fait venir le marié en lui disant : mais qu’est-ce que tu fais ? Quand les gens ont les papilles gustatives un peu usées, on amène le moins bon vin, toi c’est à la fin du repas, tu amènes de l’excellent vin, le meilleur, et, on ajoute : tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. La clé de lecture de ce texte là, c’est l’Eglise. La noce dont il s’agit ici, c’est celle qui a été commencée avec Noé, quand il y a eu l’alliance, l’alliance, c’est le signe de l’union du mariage, c’est cette alliance qui a été célébrée dans la marche du peuple hébreu dans le désert, et qu’on va se rappeler la nuit pascale, et c’est cette alliance, que les prophètes dans l’ancien testament ne vont cesser de reprendre. Et ce bon vin, qui est là, c’est le bon vin de l’Amour, et vous voyez aussi que dans les actes de l’Eglise, il y a Marie, et qu’est-ce que fait Marie ? D’un côté, elle voit les besoins des hommes, nos besoins, et elle les dit a Jésus, et de l’autre côté, elle nous dit : faites tout ce que vous dit Jésus. C’est le commencement des signes accomplis par Jésus à Cana en Gallilée. Il manifesta Sa gloire et Ses disciples crurent en Lui.

Frères et sœurs ce soir nous sommes à Saint Hilaire, nous sommes aux noces de Cana. Le bon vin que Dieu nous sert, il est là, c’est Louis et Zélie. L’année dernière ou il y a deux ans, vous aviez l’excellent vin de Thérèse. J’espère que vous savez goûter le bon vin ! Si vous savez pas le goûter, vaut mieux prendre votre sac à main et aller à l’extérieur. Parce qu’au fond, en regardant Louis et Zélie, Jésus manifeste la force de Son Amour, dans le cœur d’un homme et d’une femme. De cette force d’Amour, que le sacrement de mariage nous invite à reconnaître, mais cette force d’Amour, elle est pour tous. Jésus manifeste Sa gloire pour que nous croyons en Lui. Alors autour de nous, dans notre monde, beaucoup d’hommes et de femmes n’entendent pas ce message de l’alliance, ce message des noces, indéfectible, indissoluble, qui sont noués entre le Seigneur et chacun de nous. A notre baptême, nous avons reconnu que nous étions des fils et des filles bien aimés du Père, bien aimés ! Pas des fils qu’un père ne voudrait pas reconnaître, ne voudrait pas aimer. Ce qui a fait la force de Louis et de Zélie, c’est cette certitude intérieure, que l’Amour du Seigneur leur était donné. Je ne l’ai pas dit tout à l’heure, mais Louis et Zélie ont mis du temps, à découvrir l’Amour du Seigneur. Quand Louis avait vingt ans, il a pensé que cet Amour devait l’emmener au monastère du grand saint Bernard, là haut dans la montagne, dans la séparation de la France et de l’Italie. Là le père abbé lui a dit : est-ce que tu connais le latin ? ben non, je connais pas le latin. Ah ici il faut savoir le latin. Louis est reparti. Il appris des leçons de latin pendant dix-huit mois, il a laissé tomber, heureusement parce qu’on aurait eu un saint moine à saint Bernard, mais on aurait pas eu Thérèse. Ca c’est l’humour du maître d’autel… Zélie, quand elle avait vingt ans, avec sa mère elle est allée voir la supérieure des sœurs de saint Vincent de Paul qui était à Alençon, pour dire qu’elle pensait à la vie religieuse. Elle y pensait parce qu’il y avait sa sœur aînée Marie Dosithée qui y pensait fortement et qui travaillait avec elle dans la dentelle. Et là, pour quelle raison, la supérieure des sœurs de saint Vincent de Paul lui a dit : vous n’avez pas la vocation. Bon, ils ont cherché. Louis a continué son métier d’apprentissage et à exercer celui d’horloger. Zélie s’est mise dans la dentelle, a suivi une formation professionnelle, difficile, mais de grand artisan en dentelle, et elle a appris le métier et s’est mise à le commercialiser. Plus tard, ils se sont mariés, on verra peut-être tout à l’heure que leur mariage aussi a été un apprentissage, mais quelle joie que, quand Zélie a déjà deux ou trois enfants, elle dit à sa belle-sœur : j’étais faite pour avoir des enfants, je veux avoir des enfants. Et elle dit aussi : qu’est-ce qu’il est bien mon mari ! Je souhaite le même a toutes les femmes. Ca doit rendre jaloux un peu les hommes qui sont là, et qui sont mariés, non ? peut-être, peut-être pas. Mais, ce qui a fait la force de Louis et de Zélie, cette certitude que leur alliance dans l’amour humain, dans la tendresse humaine, dans leur corps ou dans leur cœur, dans leur affectivité, dans les évènements joyeux comme dans la peine, c’est que leur amour avait une source, la source de Celui Qui fait le bon vin, Qui fait l’Amour, Dieu est Amour. Je souhaite frères et sœurs, que ce témoignage de Louis et de Zélie, vous aide chacun, à croire à la force de l’Amour dans vos vies, quelque soit nos âges, quelque soit nos problèmes, quelque soit nos situations par rapport à l’Eglise. Ce qui nous a beaucoup frappé à la béatification à Lisieux, c’est que beaucoup de couples, qui ne sont pas des couples normaux, suivant les critères de l’Eglise, ont prié, et o,t trouvé la force auprès de Louis t de Zélie. Nous ne sommes pas aimés de Dieu parce que nous sommes aimables, Il aime chaque personne inconditionnellement quelque soit sa situation, quelque soit son rang, quelque soit sa force ou sa faiblesse. Le signe de l’alliance, il est pour chacun. Enfin, Louis et Zélie ont trouvé cette force de l’alliance dans l’Eucharistie, c’est ce que nous allons célébrer. Pour eux l’Eucharistie tenait une place primordiale, quotidienne. Louis poursuivait cette place de la messe par l’adoration du Saint Sacrement. Pour l’un et pour l’autre, l’Eucharistie n’était pas un rite, elle était une présence, la présence de Celui Qui à Cana a manifesté Sa gloire. Que Louis et Zélie nous entraînent comme dira leur fille à aimer Jésus et à Le faire aimer.

———————————————————————————————————————

Homélie du cardinal Antonelli à Alençon 10 juillet 2010

 

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et ses saints parents Louis et Zélie : voilà une splendide lumière pour cette ville, pour la France et pour toute l’Église. Les saints, avant d’être des protecteurs à invoquer, avant d’être des modèles à imiter, sont des signes de la présence de Dieu et du Christ au milieu de nous. En eux, comme nous l’enseigne le Concile Vatican II, « Dieu manifeste aux hommes, dans une vive lumière, sa présence et son visage » (LG 50). Il constitue le signe le plus transparent que le Christ est vivant et est présent maintenant dans l’histoire. Ils sont motifs de crédibilité, de joie et de louange à Dieu : « C’est Lui, le Dieu d’Israël, qui donne au peuple force et puissance. Béni soit Dieu !» (Ps 67,36).

 

La sainteté est tout d’abord un don qui descend, et ensuite un engagement qui monte. Nos mérites sont des dons de Dieu reçus, qui nous disposent à en accueillir d’autres. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5) a dit Jésus. Personne mieux que Sainte Thérèse, reconnue comme Docteur de l’Église pour avoir enseigné la spiritualité de la ‘petite voie’, a perçu la primauté absolue de la grâce et de la miséricorde divine : « Il suffit de reconnaître son néant et de s’abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu » (L 226); « Je vous demande, ô mon Dieu, d’être Vous-même ma Sainteté. [...] Je veux donc recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même » (Pre 6) ; « Seigneur [...] vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes sœurs comme vous les aimez, si vous-même, ô mon Jésus, ne les aimiez encore en moi [...] plus je suis unie à lui, plus aussi j’aime toutes mes sœurs » (Ms C, 12v°). Pour Thérèse, l’amour gratuit du prochain, avant d’être un commandement que nous observons, est un don que nous accueillons et qui manifeste la présence de Dieu Amour et Miséricorde.

 

Sur l’amour du prochain nous avons entendu dans l’Évangile la parabole du Bon Samaritain. Jésus élargit le concept du prochain que comprenaient ses contemporains : pour Lui le prochain est tout homme que l’on rencontre. Et à chaque homme que l’on rencontre Il commande de faire le bien concret : «Va, et fais de même ». Implicitement toutefois, cette parabole est aussi un portrait de Jésus lui-même.

 

Les autorités et les élites religieuses considéraient Jésus comme un hérétique pareil aux Samaritains ; selon eux il n’observait pas le Sabbat, il voulait abolir le culte du Temple, il faisait des miracles par la puissance du démon pour tromper le peuple et subvertir la religion : « N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et un possédé ? » (Jn 8,48). Avec cette parabole, Jésus semble vouloir repousser cette accusation ; il semble vouloir dire : « vous êtes des gardiens zélés de la loi et du temple ; mais comme le prêtre et le lévite de la parabole, qui font mine de ne pas voir l’infortuné, vous êtes insensibles devant les souffrances du prochain ; vous ne l’aidez pas concrètement et vous ne l’aimez pas ; par conséquent vous n’aimez pas Dieu non plus et vous ne faites pas sa volonté. Vous dites ‘je suis un Samaritain’, mais vous devez reconnaître que je suis compatissant envers tous ceux qui souffrent, qui sont opprimés par la maladie, le péché, la faim, l’injustice, la violence, la mort ; vous devez reconnaître que je fais le bien et que j’apporte la vie ». De fait, les premiers disciples eurent l’impression que Jésus développait une puissance miraculeuse, bienveillante, miséricordieuse, libératrice, dispensatrice de vie. « Dieu a consacré Jésus de Nazareth de l’Esprit Saint et de Puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Ac 10,38). Ainsi s’exprime Pierre dans son discours dans la maison du centurion Corneille. Il n’est donc pas surprenant que les Pères de l’Église aient vu en Jésus le Samaritain de toute l’humanité. Clément d’Alexandrie écrit par exemple : « Et qui est ce Samaritain sinon le Sauveur même ? Ou encore qui nous fait plus grande miséricorde à nous qui sommes quasiment morts de par les puissances des ténèbres, chargés de nos blessures, nos peurs, nos désirs, nos colères, nos tristesses, nos vols, nos plaisirs ? De ces blessures, Jésus seul est médecin ; lui seul éradique les vices par leurs racines » (Clément d’Alexandrie, Qui dives 29).

 

Le Christ, Bon Samaritain du genre humain, n’est pas seulement un modèle à imiter. Il ne nous donne pas seulement l’exemple ; mais il nous rend participants de son amour même, en nous communicant son Esprit Saint. C’est sa grâce qui nous rend capables d’aimer. Quand nous aimons les autres et les aidons de manière désintéressée, et aussi avec l’esprit de sacrifice, c’est le Christ qui nous anime par le don de l’Esprit et qui aime avec nous et en nous.

 

L’Apôtre Jean, dans sa Première Lettre, écrit : « Aimons-nous les uns les autres, parce que l’amour est de Dieu : celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1Jn 4,7). Ce lui qui aime participe à la vie du Fils de Dieu ; c’est pourquoi lui aussi est engendré comme fils et connaît Dieu par expérience et non de manière abstraite par ouï dire. Jésus, le Fils unique, vient vivre en lui, il vient agir et se manifester dans le monde à travers lui.

 

En donnant aux autres notre amour gratuit, nous transmettons aux autres aussi la charité du Christ ; nous permettons au Christ de les rencontrer et de les attirer à Lui. Mère Teresa de Calcutta, Missionnaire de la Charité, écrit à propos d’elle-même et de ses sœurs : « Nous mettons nos mains, nos yeux et notre cœur à la disposition du Christ, pour qu’Il agisse par nous » ; « Ne cherchons pas à imposer aux autres notre foi. Cherchons seulement à faire en sorte que les pauvres, quelles que soient leurs croyances, en nous voyant, se sentent attirés vers le Christ ». Évangéliser, c’est, en définitive, partager et rayonner l’amour du Christ pour tous les hommes et pour tout ce qui est authentiquement humain ; ce n’est pas conquérir, c’est attirer.

 

Surtout aujourd’hui, à une époque de crise des doctrines et des idéologies, l’expérience concrète est plus persuasive que les discours. « les hommes de notre époque, parfois inconsciemment, demandent aux croyants d’aujourd’hui non seulement de ‘parler’ du Christ, mais en un sens de le leur faire ‘voir’ » (Novo Millennio Ineunte, 16), indiquait le Pape Jean-Paul  II dans sa lettre apostolique Novo Millenio Ineunte à la fin du Grand Jubilé. Il me plaît de pouvoir confirmer cette affirmation en citant la prière trouvée dans le journal d’un jeune Italien, abandonné par ses parents, qui a été élevé dans un collège et est mort d’un accident à 16 ans : « Seigneur, si tu existes, pourquoi ne te fais-tu pas voir à moi ? Peut-être est-ce trop te demander ?[...] On dit que l’amour est une preuve de ton existence ; peut-être est-ce pour cela que je ne t’ai pas rencontré : je n’ai jamais été aimé au point de pouvoir sentir ta présence. Seigneur, fais-moi connaître un amour qui me conduise à toi, un amour sincère, désintéressé, fidèle et généreux, qui soit quelque peu ton image ».

 

Des questions existentielles comme celle-là interpellent la responsabilité de nous autres Chrétiens. Nous pouvons témoigner de la présence du Christ dans la mesure où, animés de l’Esprit, nous prendrons soin des pauvres et des souffrants comme le Bon Samaritain ; dans la mesure où, dans la communauté ecclésiale et dans nos familles, nous vivrons l’amour réciproque, en nous souvenant de la prière ultime de Jésus au Père : « qu’ils soient tous un [...] en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21).

 

Il semble aujourd’hui que les familles chrétiennes, convaincues et heureuses de l’être, en lesquelles se vit l’amour un et indissoluble, fidèles et capables de pardon, prêtes à accepter de nombreux enfants, y compris éventuellement handicapés, engagées sérieusement dans leur éducation, ouvertes à l’hospitalité et à la collaboration au dehors de la famille, sobres dans la prospérité et solides dans l’adversité, soient véritablement un signe crédible du Christ. Un tel témoignage à contre courant ne laisserait pas indifférent, mais interpellerait efficacement les consciences. A ce propos Jean-Paul II mentionnait très justement dans sa lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente : « d’une manière toute spéciale, on devra s’employer à reconnaître l’héroïcité des vertus d’hommes et de femmes qui ont réalisé leur vocation chrétienne dans le mariage » (TMA 37). La béatification de Louis et Zélie Martin répond parfaitement à cette affirmation.

Nous avons besoin de saints comme protecteurs à invoquer, comme modèles à imiter, et surtout comme signes transparents de la présence de l’amour du Christ. C’est la sainteté qui rend crédible et fructueuse l’évangélisation, parce que, comme on l’a dit, « seule une flamme peut allumer une autre flamme » (Léon Harmel).

 

Ennio card. Antonelli

 

C’est un vrai privilège de me trouver parmi vous à Lisieux ce matin, et je tiens à exprimer ma gratitude pour l’honneur qui m’est fait de présider les célébrations pour la fête des bienheureux parents de sainte Thérèse. Je salue en particulier Mgr Jean-Claude Boulanger, Évêque de Bayeux et Lisieux, et Mgr Jacques Habert, Évêque de Séez, tous les deux, par leur ministère, gardiens et promoteurs de la mémoire de la famille Martin et de la sainteté enracinée dans cette famille. Comme Représentant du Saint-Père, j’ai le privilège d’assurer cette communauté et ses pasteurs de la proximité spirituelle du Pape Benoît XVI, qui envoie de tout cœur sa Bénédiction apostolique. Je suis heureux de cette possibilité de m’unir au pèlerinage dans les lieux associés à la famille de la petite Thérèse, amie et guide qui m’a accompagné depuis ma jeunesse en tant que pèlerin qui a été très touché par son message si simple, si profond et si beau. La liturgie nous fait méditer sur le texte évangélique du jour – la belle parabole du semeur. Cette parabole, dans la bouche du Christ, est un véritable appel à l’éveil et à la conversion. Il est certain que notre terre reste encore bien entremêlée. Nous sommes tous, à la fois ou tour à tour, dociles et rebelles, réceptifs puis réfractaires, accueillants à l’Esprit et refermés sur nous-mêmes. L’ivraie et le bon grain cohabitent sur nos terrains (Mt 13, 24-30). Et le champ de nos vies prend peut-être parfois l’aspect d’un champ de bataille plutôt que d’un bon jardin. L’Évangile nous pose une question et nous invite à une réponse : « Quelle terre sommes-nous » pour recevoir la Parole du Seigneur qui est semée si généreusement parmi nous ? La bonne terre peut toujours apparaître, avec l’humus de l’humilité. La Parole de Dieu, qui est toute-puissante, ne l’oublions pas, peut devenir en nous véritablement vivifiante et agissante. Oui, lorsque, à vue humaine, tous les obstacles s’accumulent sur les pas, quand toute la peine apostolique que l’on se donne semble vaine, Jésus invite à vivre dans la certitude que la moisson finira par venir et qu’elle sera magnifique. Pour cela, nous avons à nous faire terreau accueillant à la Parole divine. Qu’elle vienne émonder et purifier nos terrains encombrés ! Dans la vie de l’Église, le fait de se donner jusqu’au bout et le généreux partage de la Parole divine sont reflétés dans les vies des saints en tant qu’expériences tangibles et expressions humaines de la Parole de Dieu dans notre communauté.

Les douleurs d’un enfantement

Je voudrais porter notre réflexion sur la deuxième lecture, tirée de la lettre de saint Paul aux Romains (8, 18-23). C’est la création tout entière, nous dit saint Paul, qui est appelée, après une douloureuse et mystérieuse transformation, à « connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Le texte de la lettre aux Romains nous pose quelques questions fondamentales : Qu’est-ce qui me fait souffrir ? Qu’est-ce que j’attends de la gloire que Dieu va révéler en nous ? À quoi est-ce que j’aspire de toutes mes forces ? De quoi est-ce que j’espère être libéré ? Quel est l’être que Dieu est en train d’enfanter en moi ? Pour les couples, parents et grands-parents, ce texte nous interroge : à quoi aspirons-nous de toutes nos forces pour notre couple ? L’un pour l’autre ? Pour chacun de nos enfants et petits-enfants ? Pour chacun de nos enfants et petits-enfants, quel est le travail d’enfantement qui les fait devenir eux-mêmes ? Pour ceux qui travaillent (professionnellement ou à la maison) : qu’est-ce qui est de l’ordre de la productivité et de la fécondité dans mon travail ? Qu’est-ce qui est douloureux avec ceux que je côtoie dans mon travail ? Et dans mon travail lui-même ?

La famille Martin : modèle de sainteté au quotidien

Notre regard se dirige vers la famille de Zélie et Louis Martin pour découvrir quelques réponses à ces questions fondamentales et quelques pistes de réflexion pour nos vies. La sainteté du Peuple de Dieu n’appartient à personne d’autre qu’à Dieu seul. À Lui de révéler en temps voulu les témoins de son Amour dont le monde et l’Église ont besoin. Dans sa Lettre apostolique Novo millennio ineunte (Au début du nouveau millénaire) le Pape Jean-Paul II écrit : « Je remercie le Seigneur qui m’a permis de béatifier et de canoniser de nombreux chrétiens, et parmi eux beaucoup de laïcs qui se sont sanctifiés dans les conditions les plus ordinaires de la vie. Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce “haut degré” de la vie chrétienne ordinaire : toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétienne doit mener dans cette direction. » (n. 31) C’est la raison pour laquelle la famille Martin aura toute sa place dans la spiritualité des chrétiens de notre temps. D’abord en tant que couple : Louis et Zélie se sont profondément aimés et ils ont su exprimer leur amour. « Nos sentiments étaient toujours à l’unisson », dira Zélie en parlant de Louis. « Il me fut toujours un consolateur et un soutien ». Ils ont vécu 19 ans en couple. Un beau cadre exemplaire de vie conjugale. Malgré les difficultés et les souffrances, les parents Martin ne se sont pas repliés sur eux-mêmes. Leur maison est toujours restée ouverte et accueillante à tous. On ne trouve aucune trace de jalousie ou de rivalité dans cette famille. Même si les parents ont eu du mal à comprendre leur fille Léonie, ils l’ont toujours aimée et ont prié pour elle. Ils ont aussi prié pour les vocations et dans leur cœur de père et de mère ils ont consacré leurs enfants à Dieu. Les familles de notre époque, si diverses soient-elles, peuvent trouver auprès des parents Martin un exemple et un soutien. Les Martin nous manifestent un authentique amour conjugal et l’harmonie de leur couple. Zélie écrivait sur le compte de son mari : « Je suis toujours très heureuse avec lui, il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes. » (Lettre, 1.1. 1863) ; « Il me tarde bien d’être auprès de toi, mon cher Louis ; je t’aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi » (Lettre, 31.8. 1873). Ils témoignent de la joie d’être parents malgré les sacrifices. « J’aime les enfants à la folie », écrit Zélie (Lettre, 15.12.1872). « Nous ne vivions plus que pour eux, c’était tout notre bonheur, (…) aussi je désirais en avoir beaucoup, afin de les élever pour le Ciel » (Lettre à Pauline ; 4.3.1877). Ils sont un modèle d’engagement éducatif agissant toujours d’un commun accord, avec tendresse et fermeté, surtout par l’exemple de la vie de tous les jours : Messe quotidienne, prière à la maison, travail soutenu, climat de joie, courage dans les épreuves, solidarité avec les pauvres, apostolat. Ils font preuve de responsabilité professionnelle et sociale. Zélie dirige une entreprise de fabrication de dentelle, Louis tient une boutique d’horlogerie et un commerce d’orfèvrerie, aidant de surcroît son épouse. Tous deux s’engagent profondément, avec intelligence, dans le travail, harmonisant les exigences professionnelles et familiales, respectant scrupuleusement les droits des ouvrières et des fournisseurs, observant le repos dominical. Louis et Zélie sont une lumière aussi pour ceux qui affrontent la maladie et la mort. Zélie est morte d’un cancer, Louis a terminé son existence, éprouvé par une artériosclérose cérébrale. Dans notre monde qui cherche à occulter la mort, ils nous enseignent à la regarder en face, en s’abandonnant à Dieu. Louis et Zélie sont un don pour tous ceux qui ont perdu un conjoint. Le veuvage est toujours une condition difficile à accepter. Louis a vécu la perte de sa femme avec foi et générosité, préférant, à ses attraits personnels, le bien de ses enfants.

Le projet de vie de Louis et Zélie Martin

La sainteté fait partie de leur projet de vie. Un jour, Zélie Martin écrira à ses filles Marie et Pauline : « Je veux devenir une sainte, ce ne sera pas facile, il y a bien à bûcher et le bois est dur comme une pierre. Il eût mieux valu m’y prendre plus tôt, pendant que c’était moins difficile, mais enfin “mieux vaut tard que jamais” ». Louis et Zélie ont compris que la sainteté n’était pas autre chose que la vie chrétienne prise au sérieux, l’expérience croyante qu’on laisse se déployer dans toute son existence. Le secret de leur vie chrétienne a tenu en trois mots : « Dieu premier servi ». Ils sont pour nous aujourd’hui un appel : la recherche et la découverte de l’amour du Seigneur sont-elles vraiment la boussole de notre vie ? L’amour conjugal de Louis et Zélie est un pur reflet de l’amour du Christ pour son Église ; il est aussi un pur reflet de l’amour dont l’Église aime son Époux : le Christ. Le Père nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour (cf. Ep 1, 4). Le mal n’est évincé que par la sainteté, non pas par la rigueur. La sainteté introduit dans la société une graine qui guérit et transforme. Je me permets de citer les paroles prononcées par le Saint-Père Benoît XVI dans son récent discours aux participants de la rencontre organisée par l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille (Salle Clémentine, vendredi 13 mai 2011) : « La famille, voilà le lieu où la théologie du corps et la théologie de l’amour se mêlent. Ici, on apprend la bonté du corps, son témoignage d’une origine bonne, dans l’expérience d’amour que nous recevons de nos parents. Ici l’on vit le don de soi dans une seule chair, dans la charité conjugale qui unit les époux. Ici, l’on fait l’expérience de la fécondité de l’amour, et la vie se mêle à celle d’autres générations. C’est dans la famille que l’homme découvre sa capacité d’être en relation, non comme un individu autonome qui se réalise seul, mais comme fils, époux, parent, dont l’identité se fonde dans le fait d’être appelé à l’amour, à être reçu par les autres et à se donner aux autres. »

Thérèse : fruit de l’amour de Zélie et Louis

On peut dire que la spiritualité de sainte Thérèse s’enracine dans celle de ses parents. Toute petite, Thérèse avait appris à envoyer des baisers à Jésus, à louer Dieu, à offrir son cœur à Jésus. L’acte d’offrande comme « la petite voie » ont été vécus par les parents Martin. Ils nous rappellent simplement qu’ils sont des baptisés engagés dans la vie du monde de leur époque et qui ont manifesté la sainteté de Dieu par toute leur vie. Chers frères et sœurs, cette immense basilique à Lisieux est édifiée en l’honneur d’une personne qui a été très petite. Son message est ainsi proposé comme un chemin très sûr pour ceux qui veulent avancer à la suite de Jésus et vivre une belle communion avec lui. Quelques années après sa mort, en 1897, elle est devenue très connue à travers le monde pour son petit chemin de simplicité, en faisant de petites choses et en s’acquittant des devoirs quotidiens. Elle est devenue un modèle de piété pour d’innombrables personnes ordinaires à travers le monde. Avec la publication de son manuscrit en 1956, la réelle image de Thérèse fut révélée ; non pas l’image d’une piété sentimentale que son époque aurait pu suggérer, mais l’image d’un témoignage ardent pour la proclamation de l’Évangile. « Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu. » (Mt 5,8). La jeune Thérèse avait désiré se joindre à un groupe de carmélites destinées à fonder une mission à Hanoi, au Vietnam, mais ce désir ne fut jamais réalisé. Malgré cela, c’était le plan de Dieu qu’elle soit proclamée patronne des missions par le Pape Pie XI. Par ailleurs, elle fut déclarée Docteur de l’Église par le pape Jean-Paul II en 1997, rejoignant ainsi deux autres femmes, sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Sienne, auxquelles Paul VI, en 1970, avait conféré ce titre, jusqu’alors reconnu seulement à des hommes. Devenue la plus jeune théologienne de l’Église, la petite Thérèse, par sa vie et ses écrits, a mis l’accent sur l’amour et la grâce de Dieu. À l’occasion de la proclamation de sainte Thérèse comme Docteur de l’Église, le Saint-Père Jean-Paul II, dans son homélie, disait : « Elle n’a pas pu fréquenter l’université et n’a pas fait d’études suivies. Elle est morte jeune : pourtant, à partir d’aujourd’hui, elle sera honorée comme Docteur de l’Église, une reconnaissance hautement qualifiée qui l’élève dans la considération de toute la communauté chrétienne, bien au-delà de ce que peut faire un “titre académique”. (…) À une culture rationaliste et trop souvent envahie par un matérialisme pratique, elle oppose avec une désarmante simplicité la “petite voie” qui, en revenant à l’essentiel, conduit au secret de toute existence : l’Amour divin qui enveloppe et pénètre toute l’aventure humaine ». Nous avons besoin de ce docteur, qu’est la petite Thérèse. Elle, qui a vécu une courte vie, enfermée et cachée dans un carmel, continue à être une source d’inspiration et d’encouragement pour les gens de notre temps. J’ai été très surpris, au cours de ma mission précédente, de voir les foules qui remplissaient les églises au passage de ses reliques. C’est un phénomène qui se répète toujours quand le reliquaire contenant son corps est transporté en quelque pays du monde que ce soit. C’est quelque chose d’inexplicable qui attire l’attention même de ceux qui ne croient pas et suscite en eux des questions. Mais il y a une raison : c’est le secret de la sainteté, c’est-à-dire la présence de l’amour de Dieu qui se manifeste et s’exprime dans la vie d’une âme simple. Nous avons besoin de la petite Thérèse, en ses mains nous mettons nos vies avec nos pauvres faiblesses humaines et toute l’anxiété et les souffrances que certains d’entre nous peuvent endurer. Elle est docteur : le premier rôle du docteur est de soigner la personne malade, les délabrés et les blessés. Nous lui demandons d’être soignés et d’apprendre sa petite voie d’amour et de grâce. Nous avons besoin du regard bienveillant et de la compagnie de ses saints parents, les bienheureux Zélie et Louis Martin. Ils nous disent que la sainteté est féconde, qu’elle est un terrain fertile où germent de nouvelles fleurs de sainteté. Depuis mon arrivée en France, il y a presque deux ans, je suis en train de découvrir la richesse que l’on trouve dans les signes de son histoire. Je suis de plus en plus touché de voir ce que la France doit à l’Église grâce aux missionnaires et aux saints des premiers siècles, et ce que l’Église doit à la France grâce aux nombreux et grands saints, d’une valeur extraordinaire et universelle, qu’elle a donnés : docteurs, pasteurs, martyrs de la charité, missionnaires, ascètes et pionner de nombreux chemins de vie chrétienne et de sainteté. Chers frères et sœurs, nous célébrons ce matin l’Eucharistie du Seigneur en ce 15e dimanche de l’année liturgique. En contemplant la vie de cette remarquable famille Martin, nous voyons que c’est bien dans la prière, dans l’Eucharistie, dans une vie ecclésiale régulière et dans une attention très réaliste aux autres qu’ils ont puisé, au jour le jour, le dynamisme de leur don de soi. Ils sont ainsi les témoins de la joie, de la vraie joie, celle de croire et de vivre dans le Christ. Nous sommes, nous aussi, appelés à nous décentrer de nous-mêmes, à nous tourner vers les autres et à vivre un véritable don de soi. Louis et Zélie Martin nous montrent la route. Leur fille Thérèse nous démontre combien cette route est simple et belle. Que le Seigneur fasse germer en nous les graines de la sainteté et de la droiture d’esprit, de la sagesse et de la vertu, semées dans nos cœurs humains ! C’est là que se trouve toujours et encore le secret qui peut transformer le monde, notre monde.

———————————————————————————————————————-

FÊTE DES BIENHEUREUX LOUIS ET ZELIES MARTIN

HOMÉLIE DU CARDINAL ENNIO ANTONELLI,
PRESIDENT DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE

Dimanche XV du Temps Ordinaire – C

 

Je suis heureux d’être ici avec vous pour vénérer les Bienheureux Louis et Zélie Martin, les parents de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Leur famille a mis en pratique, d’une manière extraordinaire, ce qui est nécessaire pour «avoir en héritage la Vie Eternelle», selon l’Evangile de ce dimanche, et qui est une synthèse de toute la loi de Dieu: «tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi-même». En parfait accord avec la parabole du Bon Samaritain, les époux Martin et leurs filles constituaient une famille idéale, unie et ouverte, en vivant intensément l’amour réciproque entre eux, et l’amour sincère envers tous, spécialement envers les pauvres, les malades, les pécheurs, les non-croyants. Sainte Thérèse, notamment, témoignait d’une charité passionnée pour les plus proches comme pour les plus éloignés de la foi, jusqu’à ne faire qu’un avec les impies et les sans-Dieu dans l’abîme de leur solitude et de leur angoisse.

Dans le récit de l’Evangile que nous venons d’entendre, le scribe demande à Jésus «et qui est mon prochain?». Il veut savoir jusqu’où va l’amour. Jusqu’à quel type de personnes le cercle de l’amour doit-il s’étendre? Ce cercle se limite-t-il à sa propre famille? Aux habitants de sa ville? Aux concitoyens de même nationalité? Aux personnes de même religion?

Par sa splendide parabole, Jésus répond que l’amour n’a pas de limites; il doit s’étendre à n’importe quel homme, spécialement s’il se trouve dans le besoin. «Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent en le laissant à demi mort» (Lc 10, 30). La seule condition pour que l’amour soit concret et efficace, c’est qu’il y ait une rencontre avec la personne nécessiteuse, qu’il y ait la possibilité de la rejoindre de quelque manière, et de l’aider. «Un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui». Le Samaritain est pris de pitié, il souffre avec l’autre; il est blessé par la souffrance de l’autre comme si c’était lui qui souffrait. Puis il agit comme il peut, désintéressé: pour lui, il donne de son temps, il offre sa monture et marche à pied, il dépense de son argent. L’amour est à la fois une attitude intérieure et une action extérieure. Comme attitude il est universel; comme action concrète, il est nécessairement limité. C’est pourquoi Jésus conclut qu’il est plus important de se faire ‘proche’, que de savoir qui est le prochain. «A ton avis, qui s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands? (…) Celui qui a eu compassion de lui (…) Va, et toi aussi fais de même». L’amour doit être universel; mais il ne doit pas rester un idéal humanitaire abstrait. Il n’est authentique que si, au moment opportun, il sait se faire particulier, concret, pratique.

Le commandement de Dieu, comme le souligne le texte du Deutéronome proclamé dans la première lecture, n’est pas hors de portée de nos possibilités, «il n’est pas dans le ciel», «il n’est pas au-delà des mers»; mais «il est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu le mettes en pratique»; il est dans ta capacité à parler, à comprendre et à vouloir, dans ton intelligence et dans ta liberté.

De son côté, le texte de la lettre aux Colossiens, proclamé en seconde lecture, ajoute la motivation théologique, le fondement ultime de l’ouverture universelle de l’amour. «Le Christ Jésus est l’image du Dieu invisible, le Premier-né de toute créature […]. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. Il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire l’Eglise: Il est Principe, Premier-né d’entre les morts […] car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude, et par lui, à réconcilier tous les êtres pour lui» (Col 1, 15-20). Le Christ est le créateur et le rédempteur universel. Toutes les créatures sont aimées de lui, lui qui les a créées et a versé son sang pour elles. Il a la primauté sur toute chose; il est le chef de tous les hommes et spécialement de l’Eglise qui est mystiquement son corps. Il se rend présent en tous les hommes; il s’est identifié à chacun d’entre eux. «En vérité je vous le dis: tout ce que vous aurez fait à un seul de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40). Aussi l’amour du prochain et l’amour du Christ et de Dieu sont-ils inséparables. «Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui: que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère» (1Jn 4, 20-21).

L’amour est une ouverture universelle aux autres et qui se manifeste par l’expérience et l’engagement pratique dans le concret des situations. C’est pourquoi il s’apprend surtout dans la vie de famille, qui est le cercle le plus étroit et le plus naturel où se fait l’expérience du prochain. L’enfant ressent l’amour des parents par le contact physique et chaleureux, le son de la voix, la tendresse du regard et du sourire, la caresse des mains, en étant porté dans les bras; il éprouve des sensations de bien-être; il est heureux de vivre; il se sent aimé. Alors il lui est spontané de répondre à l’amour de ses parents par son amour envers eux, par ses sourires ineffables qui les rendent heureux. Progressivement, il apprend aussi à les rendre heureux en obéissant à leur volonté, en accomplissant leurs désirs, en les imitant dans l’attention qu’ils portent préférentiellement aux malades, aux pauvres, à quiconque est dans le besoin. D’autre part, l’enfant provoque les parents à la tendresse, à l’amour entendu au sens de don gratuit, à l’harmonie du couple, parce qu’il veut être aimé d’un père et d’une mère qui s’aiment entre eux, et il souffre terriblement des situations conflictuelles et plus encore de leur éventuelle séparation.

De nombreuses qualités indispensables à la cohésion et au développement de la société se forment par l’interaction de tous les membres de la famille: la confiance, la réciprocité, la solidarité, la sincérité, la fidélité, le sens du sacrifice, le goût du travail, la coopération, l’esprit d’initiative, la sobriété, la tendance à l’épargne, et beaucoup d’autres vertus humaines et sociales.

«Qui est mon prochain?». En famille on apprend que le prochain, ce sont tous les hommes à commencer par cette personne concrète que l’on rencontre sur son chemin. Dans la famille authentiquement chrétienne on apprend que le prochain peut être même celui qui est notre propre ennemi, comme le dit cette si belle citation de Saint Augustin: «chaque homme est le prochain de tout homme. Est-il inconnu? Il est un homme. Est-il un ennemi? Il est un homme! S’il est un ami, il reste un ami. S’il est un ennemi, il devient un ami».

———————————————————————————————————————–

 

Homélie de la fête des familles

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Au cœur de cette Eucharistie, l’Evangile vient à nous comme une Bonne nouvelle à accueillir et à rayonner, une Bonne nouvelle pour la famille, pour toutes les familles, pour chacune de nos familles.

Cette Bonne nouvelle, nous avons à l’accueillir dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui, une situation contrastée. D’un côté, la famille reste une valeur forte, plébiscitée par les français. Un récent sondage Ipsos relève que 77 % des français souhaitent construire leur vie de famille en restant avec la même personne toute leur vie. Mieux encore, ce taux monte à 84 % pour les 18-24 ans et à 89 % pour les 25-34 ans. Mais en même temps, nous constatons la fragilité du lien conjugal, On dit que 30 à 50 % des mariages aboutissent à un divorce. Celui-ci n’est sans doute pas voulu au point de départ, mais quand il se présente à l’horizon, n’est-il pas trop vite accepté avec fatalisme ? Il est à noter également, qu’en France aujourd’hui, un enfant sur deux naît hors mariage. De plus, nous pouvons constater que dans notre société l’encadrement social du mariage et de la famille s’est affaibli, que les modèles et les points de repère se sont brouillés et qu’on parle de plus en plus de la famille au pluriel en lui ajoutant un qualificatif : on parlera de familles traditionnelles, monoparentales, recomposées ou homoparentales… C’est donc bien dans cette situation contrastée que l’Evangile aujourd’hui nous rejoint. Il ne cultive ni la nostalgie du passé ni les imprécations contre le temps présent, il nous tourne résolument vers l’avenir qu’il nous demande d’affronter avec la force de la foi.

Que vient nous dire le Christ ?

Il vient tout d’abord nous dire que le mariage et la famille sont une bénédiction de Dieu parce qu’ils s’inscrivent dans son dessein d’amour. Quand il est questionné sur la répudiation de la femme par l’homme, Jésus renvoie à l’origine, au dessein originel de Dieu : «  A l’ origine, il n’en était pas ainsi » (Mt19,8) et Jésus de citer le texte de la Genèse : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair » (Mt 19, 4). L’union stable et définitive de l’homme et de la femme, ouverte sur des enfants à naître, fait goûter à ceux qui la vivent la bénédiction de Dieu, la force de cette parole que nous trouvons dans le premier chapitre de la Genèse : « Et Dieu vit que cela était bon…vraiment très bon » (Gn 1, 25, 31).

Mais le Christ sait que la vie en couple et la vie de famille ne sont pas un long fleuve tranquille. Elles peuvent être marquées par la faiblesse, la fragilité et le péché. Dans la Bible, le premier couple est traversé par une accusation mutuelle, les relations entre frères sont très conflictuelles (Caïn et Abel, Jacob et Esaü), les relations entre générations pas toujours évidentes. Jésus rencontrera sur sa route la femme adultère, la femme de Samarie aux 7 maris. Il parlera dans une parabole de la relation difficile du père avec ses deux fils. Alors, faut-il dire que l’appel à un amour conjugal durable et la promesse d’un bonheur familial seraient un rêve, un idéal impossible à atteindre ? La question rejaillit avec force aujourd’hui dans le contexte qui est le nôtre.

 

Et c’est là que le Christ vient à nous avec cette Bonne nouvelle qui nous dit :

Oui, c’est possible !

Oui, c’est possible avec l’Esprit du Seigneur. Comme le déclare Jésus : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Luc 18, 27). Oui, il est possible de fonder un foyer durable,  de s’aimer toute la vie, de vivre des relations familiales aimantes, confiantes et respectueuses !

Cela est possible, si nous nous ouvrons au don de Dieu. Et le premier don que nous fait le Père est son Fils lui-même. Le Christ se présente comme le compagnon de route du couple et de la famille, lui qui nous dit: « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles » (Mt 28, 20). Accueillir le Christ dans la prière, l’écoute de la Parole, la célébration des sacrements, et tout particulièrement de l’eucharistie, c’est accepter de le suivre, de s’ouvrir à son Esprit, d’apprendre à aimer avec lui.  Le Christ, en effet,  nous apprend à aimer en vérité, à nous décentrer de nous-mêmes, à écouter l’autre, à l’accueillir, à le comprendre, à le supporter à certains jours, à chercher la réconciliation et à vivre le pardon. Il nous invite aussi à passer par le mystère pascal du don de soi. Avec le Christ, nous sommes à la véritable école de l’amour, à l’école de l’amour véritable. Car il y a tout un travail sur soi à faire, sur notre manière d’être et sur nos relations. Il n’y a pas de réussite de sa vie de couple ou de sa vie familiale qui serait donnée sans effort. Le chemin de la réussite passe toujours par une conversion personnelle quotidienne. Mais, là aussi, accueillons la Bonne nouvelle de l’Evangile : dans son amitié avec nous, le Christ ne fait pas que nous donner un exemple à imiter. Il nous donne une force pour aimer, celle de son Esprit. Il vient à notre aide. Il nous soutient.

N’oublions pas non plus que le Christ vient pour tous. Il n’abandonne personne. Il rejoint également sur leur route ceux qui font l’expérience de l’échec, dans leur vie conjugale, dans  l’éducation de leurs enfants, ou dans les relations complexes de leur vie familiale. A tous, il offre son amour. Il appelle chacun à venir à sa suite. La Bonne nouvelle est pour tous. Personne n’en est exclu.

C’est par son Eglise que Le Christ aujourd’hui se manifeste et vient communiquer sa force de salut.  Il vient lorsque deux ou trois sont réunis en son nom. Il vient tout d’abord dans le couple lui-même et dans la famille quand ce couple et cette famille portent le souci de l’accueillir, de le prier, d’être ce lieu d’accueil et d’écoute de l’Evangile, d’apprentissage de l’amour selon le Christ. On comprend qu’on ait pu parler de la famille comme « petite Eglise domestique ».

Mais la communauté chrétienne est au service des familles en invitant par sa propre vie à accueillir le Christ, à se laisser convertir par lui, dans la prière et le partage de foi, dans l’écoute et la lecture de l’Ecriture, dans la célébration des sacrements, tout particulièrement de l’Eucharistie et du Sacrement de la Réconciliation. Elle est aussi au service des couples et de la famille par la catéchèse, l’éducation des enfants et des jeunes, par les propositions de révision de vie  et d’accompagnement spirituel ainsi que par les propositions de la pastorale familiale.

Permettez-moi de souligner ce soir trois préoccupations que notre Eglise doit avoir, si elle se veut aujourd’hui pleinement au service de la famille :

1)    Développer des espaces de respiration et de communication pour les couples. Un gros effort a été fait dans l’Eglise depuis des années pour préparer au mariage. On se rend compte aujourd’hui qu’il est important également d’accompagner les couples dans la durée en leur offrant des lieux où ils peuvent se poser, souffler un peu, faire le point, veiller à renouer le lien de la communication à l’intérieur de leur couple. Combien de couples, un peu malmenés par leur rythme de vie, se sont séparés parce qu’ils n’ont pas su se donner ces moments vraiment régénérateurs pour leur propre vie de couple.

 

2)    Etre attentif à proposer des rencontres intergénérationnelles et des rencontres entre familles, dans le cadre de la vie paroissiale, de la catéchèse, d’activités caritatives ou de la préparation aux sacrements. Il est important qu’une famille reste ouverte et ne s’enferme pas sur le seul noyau parents-enfants. Elle doit pouvoir s’ouvrir, dans son sein déjà, à d’autres générations. Je vois l’importance aujourd’hui des grands parents ! Et s’ouvrir également aux autres familles. Je n’oublie pas non plus les personnes célibataires qui ont pleinement leur place dans nos rassemblements ecclésiaux. Nos communautés ecclésiales doivent favoriser ces rencontres entre les générations et entre les familles. Il ne s’agit pas moins que d’une oxygénation de notre vie familiale.

 

3)    Porter un souci tout particulier des familles confrontées à la précarité sociale. Les difficultés qu’elles rencontrent et leurs conditions de vie sont telles que leur vie conjugale en est souvent fragilisée et leur responsabilité parentale rendue plus compliquée. Ces familles ont moins besoin d’être jugées que soutenues et aidées.

Chers amis, voici quelques-uns des appels que nous avons à entendre et quelques-uns des défis que nous avons à relever. Nous avons à le faire ensemble. Car l’Eglise, c’est nous tous et c’est à nous que cette Bonne nouvelle pour la famille est confiée. Nous avons à en témoigner auprès de tous par notre vie, par nos paroles, par nos initiatives. Puisse cette fête que nous venons de vivre et cette eucharistie nous donner force, joie et dynamisme pour cette mission que le Christ nous confie ! Amen.

†  Jean-Pierre cardinal RICARD

  Archevêque de Bordeaux